Écrit par Louise Bernard

« Le cinéma, c’est savoir ce qui est dans le cadre et ce qui est en dehors » (Martin Scorsese). Chez MakeSense, on sort souvent d’un film avec l’envie de pleurer, de rire, de tout changer ou de tout casser. Louise, notre critique de cinéma, vous donne deux trois conseils sur quoi voir dans le cadre et comment vous engager hors du cadre.

Détroit, le dernier film de Kathryn Bigelow nous entraîne au cœur des émeutes qui ont mis la cinquième ville du pays à feu et à sang à la fin des années soixante. 50 ans après, elle est tristement d’actualité.

Detroit-cinema-que-faire-apres-avoir-vuDétroit, États-Unis, juillet 1967. Militaires, garde nationale et police locale sont aux prises avec les habitants des quartiers pauvres de Détroit, à forte majorité noire. Trois ans seulement après l’aboutissement du mouvement non-violent des Droits Civiques aux États-Unis, porté par Martin Luther King Jr, et la signature du Civil Rights Act qui interdit toute forme de discrimination, l’injustice grandissante et les brutalités policières transforment les rues de Détroit en véritable zone de guerre.

Et c’est bien cela que la réalisatrice oscarisée de Zero Dark Thirty, film sur la traque de Ben Laden, nous montre. Avec une précision quasi-documentaire, nous revenons avec elle sur la première descente de police brutale dans un bar clandestin afro-américain et sur les deux jours d’insurrection qui la suivent. Dans un climat de confusion extrême, plus de leader pour apaiser les foules. La rage de la communauté opprimée ne peut s’exprimer que par des explosions de violence aveugle. Face aux incendies et aux pillages, les forces de police, majoritairement blanches, ont pour consigne de calmer le jeu ; mais la peur face à l’ampleur de la révolte et le racisme patent de la fin des années 1960 conduiront à l’un des événements les plus tragiques de la décennie, le massacre du motel Algiers, qui est au centre du film.

Brutalités, injures racistes, torture psychologique : rien ne nous est épargné dans ce long-métrage qui met en scène la violence de manière presque obscène lors d’une scène de passage à tabac qui dure près d’une heure et demie. Les personnages, servis par un casting d’excellents seconds couteaux d’Hollywood (dont John Boyega, vu dans le dernier Star Wars, et Will Poulter de The Revenant), recréent pour nous un événement historique atroce, dont tous les éléments n’ont pas été entièrement éclaircis 50 ans après.

Le film a beaucoup divisé la critique aux États-Unis. D’abord parce qu’une partie des spectateurs américains a cru bon de remettre en question la légitimité de la réalisatrice, blanche issue d’un milieu aisé. Ensuite, parce que sa vision du carnage du motel Algiers a paru lacunaire à beaucoup : le voyeurisme brutal aurait pris le pas sur l’exactitude historique et le message politique qu’elle devait transmettre.

Seulement c’est oublier qu’il a fallu un demi-siècle pour exhumer cet exemple symptomatique d’une manière de penser la question raciale qui n’est toujours pas résolue aux États-Unis notamment. L’aspect documentaire montre tous les côtés de l’affaire, y compris celui des blancs qui souhaiteraient défendre les droits civiques et ceux pour qui ça ne représente pas grand-chose. C’est un film violent, empli d’une tension morbide, vertigineux d’injustice et nécessaire pour une raison simple : il nous montre crûment que le dérapage est très, très facile lorsqu’on croit faire partie d’une classe dominante.


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Pour aller plus loin :

Le Détroit d’aujourd’hui fait grise mine : l’ancienne “Motor City”, victime de la désindustrialisation, croule sous le poids de sa dette. Cependant, à l’heure où les manifestations anti-Trump se multiplient, la ville développe les initiatives pour enrayer le déclin. Nous vous conseillons ce documentaire de 15 minutes réalisé par Alter-Echos Détroit l’agriculture urbaine, antidote à la désindustrialisation ?


Louise Bernard makesenseÀ propos de l’autrice : Louise Bernard est une Parisienne diplômée en commerce, grande adepte des salles obscures de la capitale. Elle sort parfois à la lumière du jour pour apprendre les rudiments de la permaculture, pour visiter le monde ou pour manifester.
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Détroit a été réalisé par Katryn Bigelow
Sortie en salles le 11 octobre 2017