Écrit par Aurore Le Bihan

Si les illusions d’optique peuvent parfois nous donner mal à la tête, elles sont aussi un moyen de nous faire réfléchir sur notre rapport au monde. C’est le parti-pris de DINO , un artiste syrien qui mêle street-art et illusion dans ses installations pour mieux questionner les gens sur le conflit syrien.

Nous l’avons rencontré aux Grands Voisins dans le cadre du festival Syrien n’est fait où il avait peint à même le sol son oeuvre « Antipode », un tunel éphémère visible uniquement pour ceux qui se plaçaient à un point précis. 

MakeSense STORIES : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

DINO Ahmad Ali : Je suis Dino, un chercheur spécialisé en illusions d’optique. Je crée des oeuvres numériques réalisées sur l’ordinateur et des installations interactives basées sur la technique de l’anamorphose qui consiste à déformer le visuel pour que l’oeuvre ne se voit que d’un seul point de vue unique. Grâce à ce procédé, le spectateur devient une partie essentielle de l’œuvre.

Trois oeuvres de Dino qui questionnent : « I’m here », « Isolation » et « Silent Scream »

Comment parles-tu de la situation en Syrie à travers tes oeuvres ?

Depuis la révolution syrienne, je travaille plus particulièrement sur la prison, qu’elle soit physique ou mentale. Il s’agit de rappeler aux gens qu’on croit vivre dans un monde libre mais que chacun est prisonnier de quelque chose : que ce soit abstrait comme la famille, les idées, la religion ou très concret comme les prisons sous le régime d’un dictateur.

En réalité, l’illusion d’optique n’existe pas. J’utilise le mot parce que les gens le connaissent. C’est notre cerveau et nos yeux qui ne sont pas capables de comprendre certains messages visuels en temps réel.

Quel est le projet sur lequel tu travailles actuellement ?

Je travaille sur un nouveau projet qui s’appelle Antipode. L’antipode a deux définitions. La plus usitée, signifie “l’autre côté du monde”. La deuxième est une race de monstres qui avaient les orteils à l’envers et couraient plus vite que le vent. Cette métamorphose me rappelle l’actualité : ce que l’on ne connaît pas, on essaie de l’imaginer. Mon oeuvre est donc une invitation à imaginer ce qu’on ne connaît pas sans préjuger.

Pourquoi le medium de l’illusion d’optique ?

Pour rappeler aux gens que chaque réalité peut avoir plusieurs points de vue.  La meilleure façon pour transmettre une information visuelle, c’est de faire en sorte que les spectateurs soient une partie essentielle de l’œuvre. De simple spectateur il devient acteur, même metteur en scène en ajoutant des accessoires à l’œuvre.

 Découvrez le documentaire Waynak !

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