Écrit par Louise Bernard

« Le cinéma, c’est savoir ce qui est dans le cadre et ce qui est en dehors » (Martin Scorsese). Chez MakeSense, on sort souvent d’un film avec l’envie de pleurer, de rire, de tout changer ou de tout casser. Louise, notre critique de cinéma, vous donne deux trois conseils sur quoi voir dans le cadre et comment vous engager hors du cadre.

La Palme d’Or 2017 est un film dano-suédois à la frontière entre drame inquiétant et comédie grinçante. Un choix surprenant du jury de Pablo Almodovar, qui souligne les absurdités, et les limites, du jeu social au XIXème siècle.

À côté d’un carré lumineux de quelques mètres de côté, une plaque stipule “The Square est un sanctuaire de confiance et d’humanité. À l’intérieur, nous partageons tous les mêmes droits et devoirs”. Une jolie utopie, l’œuvre phare de la nouvelle exposition d’art contemporain que le curateur d’un grand musée de Stockholm, Christian Nielsen (Claes Bang), promeut auprès des journalistes et mécènes potentiels. Christian est un orateur hors-pair, même s’il a parfois un peu de mal à expliquer les formules hasardeuses – on peut même carrément dire bullshit – de son équipe de communication.

Ce personnage trop parfait pour être vrai est le nouveau jouet du réalisateur suédois Ruben Östlund qui, après le brillant Snow Therapy en 2014, continue d’interroger nos comportements en société. L’idée est intéressante : mettre en scène la chute d’un homme qui, après s’être fait piquer son smartphone, accumule les maladresses jusqu’à être renvoyé à sa médiocrité de bobo bien-pensant au volant de sa Tesla.

La jouissance qu’on a à le voir s’empêtrer dans des situations insolites rappellerait presque le Fargo des frères Coen ; seulement The Square reste sage et son personnage n’est jamais vraiment en danger. Les scènes sont toutes écrites sur le même mode pour raconter les ennuis d’un personnages finalement inintéressant ; on serait plus proche du subalterne qui panique lorsqu’il égratigne ladite Tesla sans le vouloir. Sous son vernis policé, Christian est lâche et carrément détestable, son rapport aux autres est emprunt d’un conformisme crade et il ne retrouve son aplomb qu’en invectivant vertement un gamin de 12 ans.

Sous son vernis policé, Christian est lâche et carrément détestable.

Impossible de nier la puissance visuelle du film, dont les cadrages sont sublimes et frappant, jouant sur un imaginaire artistique et géométrique de toute beauté. Impossible également de passer outre certaines scènes magistrales perdues au milieu des autres comme l’impressionnante scène du gala (quel dommage que l’affiche en dévoile tant !). Et surtout, impossible de passer à côté des images des sans-abris de Stockholm, véritable leitmotiv qui scande un peu lourdement qu’une partie de la population est rendue invisible et réduite au silence.

Il y a des films de 2h20 qu’on regarde sans voir le temps passer. The Square n’en fait pas partie. C’est un film lourd, répétitif, au message rebattu : l’égalité des droits est impossible, la où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir, et le masque social cache difficilement nos plus profonds défauts. Allez plutôt revoir Fargo.

Note : 2/5

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Si cette histoire vous donne envie d’agir, voici quelques idées :

Vous souhaitez contribuer à améliorer l’accès à l’art pour tous ? Cultures du coeur est une association qui cherche à favoriser l’accès des personnes en situation de précarité/vulnérabilité économique ou sociale à des activités culturelles et sportives, et Museomix organise des événements pour que le public se réapproprie le musée et en réinventer la médiation.

Vous voulez faire davantage pour les personnes sans-abri ? Rejoignez Sans A_, le premier média d’impact social en France, pour rendre visibles les invisibles. Il existe également des réseaux de solidarité comme Entourage (pour participer à des actions locales) ou le Carillon (pour agir grâce à votre consommation).

Vous vous êtes aussi fait piquer votre téléphone ? C’est bientôt Noël, l’occasion de le remplacer par un Fairphone, un smartphone modulaire aux conditions de fabrications éthiques et avec des répercussions bénéfiques sur la collectivité et l’environnement.


Louise Bernard makesenseÀ propos de l’autrice : Louise Bernard est une Parisienne diplômée en commerce, grande adepte des salles obscures de la capitale. Elle sort parfois à la lumière du jour pour apprendre les rudiments de la permaculture, pour visiter le monde ou pour manifester.
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