Écrit par Aurore Le Bihan

Pour les personnes s’intéressant à l’écologie, le sujet des semences est définitivement dans l’air du temps. Entre le documentaire la Guerre des graines, la polémique autour de la loi pour la biodiversité, l’enquête lancée par L’UE sur la fusion entre Bayer et Monsanto, la sortie du documentaire Des clics de conscience, la dernière campagne Carrefour sur les « légumes interdits »…  difficile de parler d’alimentation écologique sans soulever la question des semences.

Après tout, on parle ici la base de notre alimentation, ce qui rend d’autant plus urgente la question du poids des multinationales et de la responsabilité de l’Etat dans la limitation des droits des agriculteurs au détriment de la santé publique. Les lobbies citoyen se battent pour faire bouger les lignes mais quels sont nos leviers d’action quand on est un simple consommateur ?

C’est la question à laquelle va tenter de répondre Auriane, une jeune femme de 26 ans qui part en janvier à la découverte d’experts, agriculteurs, consommateurs partout dans le monde afin de comprendre comment faire évoluer les mentalités autour des graines. Avec à la clé des solutions concrètes à faire germer en France.

Pour aider Auriane à réaliser son projet vous pouvez participer à sa campagne de crowdfunding.

Auriane, une amie de la nature.

Salut Auriane, est-ce que tu peux te présenter et nous raconter ton parcours ?

Moi, c’est Auriane, j’ai 26 ans et je viens de Metz ! J’ai fait une école commerce à Rouen et mon stage de fin d’étude à la « Ruche qui dit oui » où je me suis passionnée pour les questions d’agriculture écologique. En m’inspirant du modèle de la Ruche, j’ai écrit mon mémoire de fin d’étude sur la question suivante : comment l’entrepreneuriat et son impératif de rentabilité peut-il encourager la transition agro-écologique ? Cela fait deux ans que je travaille chez Hopwork (une plateforme qui met en relation des free-lances et des clients ndlr).

 

Comment t’es venue l’idée de faire un SenseTour sur les graines ?

Ça fait longtemps que l’idée de faire un SenseTour (un tour du monde des initiatives solidaires ndlr) me trotte dans la tête.

Je cherchais un sujet pertinent qui soit en lien avec l’agriculture… C’est en me rappelant ma rencontre avec Clément Montfort, le réalisateur de La Guerre des Graines que j’ai eu l’idée de creuser le sujet. Je me suis rendue compte que si l’agriculture était un sujet qui concernait de plus en plus les consommateurs, le sujet des graines en était le fondement ! C’est la base même de ce qu’on mange. Paradoxalement, ce sujet est souvent traité de manière alarmiste, ou alors présenté comme trop complexe et inaccessible aux non-initiés. Résultat ? Les consommateurs ont du mal à faire le lien entre la graine et qu’il y a dans leur assiette.

Je ne voulais pas me précipiter et prendre le temps de découvrir quatre pays en restant trois mois dans chacun. Au Mexique je vais me concentrer sur le maïs, sur les légumes au Sénégal, le blé en France et le riz en Inde.

L’idée est d’explorer dans ces pays la façon dont les consommateurs abordent la thématique des semences paysannes et parviennent à soutenir les cultivateurs.

Les consommateurs ont du mal à faire le lien entre la graine et ce qu’il y a dans leur assiette.

 

Pourquoi le sujet des graines mérite ce coup de projecteur, selon toi ?

Je suis partie du constat français : en France, il y a un catalogue officiel conçu après la guerre qui prend en compte des critères de rentabilité pour choisir les semences qui peuvent y rentrer et laisse de côté l’apport nutritif. C’est d’autant plus absurde que les hauts rendements de ces semences sont souvent atteints grâce à des intrants chimiques. Ce catalogue recense 120 espèces alors que plus de 7000 peuvent être cultivées en France !

 

Qu’est ce qui te révolte le plus dans cette histoire de graines ?

Ce qui me touche le plus, c’est de savoir qu’en France un agriculteur n’a pas le choix des semences qu’il peut semer. La loi sur le sujet est tellement complexe, car modifiée et remodifiée, qu’on ne sait plus ce qui est légal ou pas. Les agriculteurs eux-même sont perdus, un comble…

Ce qui me touche le plus, c’est de savoir qu’en France un agriculteur n’a pas le choix des semences qu’il peut semer.

Il y a des lois, des lobbies, mais je veux montrer au consommateur comment encourager via leur consommation un système de semences libres. Pour ça, je pense qu’il faut aller voir comment ça se passe chez les autres et s’inspirer de leurs bonnes idées, de leurs solutions. Pour chacun des acteurs (producteurs, chercheurs, entrepreneurs sociaux) j’ai prévu de poser quatre questions :
Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi est-ce important ? Comment vous aider ?

 

As-tu déjà des pistes de solutions pour aider le consommateur à faire le lien entre les semences et ce qu’il y a dans son assiette ?

Améliorer la traçabilité. Sensibiliser mais aussi mettre en contact les quelques acteurs agissant pour cette cause afin que ça aboutisse à des actions plus concrètes pour le consommateur.

Avec une amie qui s’appelle Nadia M’Doir, on a monté une asso « Qu’est ce qu’on sème ». L’idée est qu’en revenant du voyage on puisse tout de suite passer à l’action et appliquer les solutions identifiées.

 

Penses-tu qu’il a une sorte d’engouement pour la question des graines, que c’est un sujet qui est dans l’air du temps ?

Je suis convaincue que « les semences » est LE prochain sujet lié à la consommation. Dès que tu dis : « Aujourd’hui en France on ne plante pas ce qu’on veut » tout le monde trouve ça anormal et ça commence à devenir un sujet de plus en plus prégnant.

Je suis convaincue que « les semences » est LE prochain sujet lié à la consommation.

Qu’as-tu pensé de la dernière campagne Carrefour qui affirmait vouloir vendre des légumes « interdits » pour aider les agriculteurs (c’est à dire dont les graines ne sont pas dans le fameux catalogue légal) ?

Merci Carrefour car aucune asso n’aura jamais un tel budget de communication et ça a donné une vraie visibilité sur la question des semences ! Par contre, ça n’est pas en consommant en grande distribution qu’on encourage les semences libres. C’est hypocrite, de laisser penser ça, car, si les supermarchés ne vendaient que des fruits, légumes, céréales venant des semences libres, ils feraient faillite. D’un point de vue logistique, les fruits et légumes ont besoin d’être calibrés pour approvisionner la grande distribution et les critères du catalogue permettent ça ! Il serait possible pour eux de changer leur modèle mais à l’heure actuelle on en est loin.

Ils auraient pu de manière plus humble, communiquer sur la rémunération des agriculteurs avec lesquels ils travaillent, et non pas sur ce sujet dont ils sont finalement assez éloignés.

 

Est-ce que tu aurais trois conseils à donner aux gens qui veulent s’intéresser aux graines ?

Planter chez soi pour se rendre compte de ce que c’est de faire pousser des végétaux, nous pauvres urbains déconnectés de la terre
Se renseigner et poser des questions quand on va au marché : comment ça pousse ? D’où ça vient ? Qui sont le producteurs ?
Visiter des fermes

 

Et des solutions en germe (blague pas du tout assumée) ?

Selon moi, il faudrait :
Former des semenciers indépendants.
Relocaliser l’activité semencière
Assouplir les règles du catalogue, voire s’en débarrasser et réinventer la législation pour qu’elle soit plus adaptée. C’est le travail que montre Des clics de Conscience dans son documentaire.

Trois contenus que tu conseilles à quelqu’un qui s’intéresse à la question des semences :

1-  Le livre que j’ai lu décrivant la situation de la façon la plus actuelle et factuelle : Semences Paysannes, plantes de demain de Robert Ali Brac de la Perrière

2- Le film qui m’a inspiré : La Guerre des Graines de Stenka Quillet et Clément Montfort

3- Le Jardin des Plantes à Paris

Le tac au tac :

– Le pire truc qui pourrait t’arriver lors du voyage ?
Me faire retourner le cerveau par un lobbyiste Monsanto

– Ton accessoire indispensable ?
Mon capirucho ! C’est un mini bilboquet, parfait pour engager la conversation avec des inconnus

– Un artiste qui parle (bien) des graines ?
Mort Garson avec Plantasia !

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