Écrit par Aurore Le Bihan
La grand-mère de Nicolas Chiquet, fondateur de LifePlus, n’accepterait sûrement pas qu’on remplace son aide à domicile par une androïde comme un des personnages de la série Real Humans.
Personnes âgées et gadgets de pointe ne riment pas toujours : quiconque a passé plusieurs heures à expliquer le fonctionnement d’un smartphone à ses grands-parents le sait. Pourtant les progrès dans le champs des objets connectés permettent de véritables innovations pour accompagner les personnes âgées dépendantes dès 65 ans pour prévenir leurs chutes au quotidien et il serait dommage de s’en priver. 

Nicolas nous raconte sa vision du « mieux vieillir » dans laquelle « objet connecté » n’est pas synonyme de complexité mais de complémentarité.

En cette première moitié d’année 2017, MakeSense s’associe à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) pour porter une mobilisation qui nous est chère : le mieux vieillir. Qu’il s’agisse de santé, de lien social, de mobilité, de sécurité, d’habitat ou de transmission de savoir-faire, MakeSense STORiES s’engage à raconter des histoires inspirantes ou à présenter des solutions pour améliorer la vie des seniors au quotidien !

MakeSense STORiES : D’où vient l’idée de fonder Life Plus ?

Life Plus a été crée fin 2015. On a eu l’idée de concevoir une solution de montre connectée à prix raisonnable pour détecter les chutes des personnes âgées et donner des conseils personnalisés. Quand on a étudié le marché on s’est rendu compte qu’il existait déjà beaucoup de solutions autour de la chute pour les personnes âgées de 85 ans et plus.
D’un côté on avait les boutons d’alarmes pour les séniors et de l’autre les Apple Watchs pour le grand public. On s’est dit : « Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose à faire entre les deux ?  Comme un dispositif moderne sympa non stigmatisant qui aille plus loin que détecter les situations à risques comme les chutes chez les personnes âgées de plus de 75 ans voire dès 65 ans ? »
Vous avez donc développé une montre qui… donne l’heure.
Oui, il s’agit d’une montre connectée dont la seule fonction visible pour le senior qui la porte est de donner l’heure.
Cette montre possède en réalité des capteurs d’activités biométriques complétés par d’autres capteurs disséminés dans la maison. Toutes les données récoltées vont être analysées par un algorithme qui va détecter les signes de fragilité chez la personne âgée et déclencher une alarme si nécéssaire.
Avec qui avez-vous travaillé pour concevoir cette solution ?
On travaille avec des gériatres et des médecins qui nous aident sur la conception des capteurs et l’utilisation des algorithmes. On a aussi passé beaucoup de temps a étudier le terrain, avec des associations, des sociétés d’évaluations, et bien sûr des séniors.
Comment construit-on une solution technologique hyper pointue pour un public qui n’a pas la réputation d’être amateur de gadgets geek ?
 

Ce n’est pas une smartwatch comme on l’imagine avec un milliard de notifications mais au contraire quelque chose de très simple à prendre en main.

Si j’explique à ma grand-mère « tu cliques ici, ici et là », elle va me répondre « oui, oui,… », noter le tout sur un papier avant de l’oublier. Il fallait que cette montre connectée soit le plus minimal possible.

La personne doit juste porter la montre et peut, si elle le veut, avoir accès via une application à des conseils et à des programmes de préventions.
Amazon Echo et Google Home planchent déjà sur des solutions qui ont pour objectif d’aider les personnes âgées dans un futur proche, ça vous parle ?
C’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup. Il y a eu plusieurs révolutions dans les usages ces dernières années avec les wearables notamment. Une des dernières révolution vient de ces interfaces développées par Google Home ou Amazon Echo où l’on ne fait que demander ce dont on a besoin.
Il faudra bien sûr que ce soit testé avec des séniors. S’il y a une boîte qui parle dans la maison il est nécéssaire d’expliquer à quoi ça sert, comment l’utiliser… C’est à la fois très simple en usage et très complexe car il est important de comprendre ce qu’on peut faire avec et quelles sont les limites de tels objets.
Mais ça reste des technologies d’avenir qui ont un fort potentiel pour aider la cause du mieux vieillir.
Une des dérives dont on soupçonne les objets connectés, notamment quand il s’agit d’aider des personnes âgées, est de se substituer à l’accompagnement humain, est-ce un risque?
La technologie ne doit pas remplacer l’humain. Au contraire, elle doit permettre aux personnes qui font du service de passer plus de temps de qualité avec le senior.
Il est primordial que la personne fragilisée soit la mieux entourée possible.
Si elle est isolée c’est un véritable problème pour sa santé.
Dans la série Real Humans diffusée sur Arte  qui montre une société futuriste où les androïdes dont partie intégrante de la société, un des personnages se fait soigner par un robot qui s’avèrera pas si bienveillant que ça… est-ce un futur enviable ?

Une androïde gouvernante dans un futur où les robots remplacent les humains auprès des personnes âgées dans une série imaginée par Arte

Si je propose à ma grand-mère qu’un robot s’occupe d’elle plutôt que sa famille, elle ne me parlera plus jamais.
Chez les seniors il y a un risque de sentiment d’abandon très fort. Pour nous l’objectif est avant tout d’améliorer notre capacité à voir les problèmes en avance et se situer dans un eco-système où il y a la fois du service à la personne, de la technologie, des programmes de prévention et de l’activité civique adaptée.
La personne doit avant tout être bien entourée, la technologie n’est là que pour lever des drapeaux et dire « attention, là il y a un problème »

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV), visant à faire émerger les projets innovants en matière de mieux vieillir.

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